M'est donné un corps

M'est donné un corps, que devrais-je en faire,

Un corps si un, un corps si mien ?

Pour la joie douce de respirer et de vivre,

Dites-moi, à qui dois-je rendre grâce ?

C'est moi le jardinier et moi la fleur,

Dans la prison du monde, je ne suis pas seul.

Et sur les vitres de l'éternité

Mon souffle et ma chaleur se sont posés,

Un léger dessin s'y sera fixé

Et qu'on ne reconnaît plus désormais.

Mais qu'elle s'écoule, de l'instant la buée

Ce précieux dessin, on ne peut l'effacer.

Ossip Mendelstam

"La Pierre", 1906-1915

Traduction inédite de Laurent Rabaté